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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 14:37

Le Losar 2009, nouvel an tibétain, célébré cette année le 25 février, est sous le signe du souvenir : en effet, voilà 50 ans que le peuple tibétain s'est soulevé contre l'invasion chinoise et que Sa Sainteté le Dalaï Lama a du fuir son pays. En mémoire de ces évènements, et en mémoire de la répression de mars 2008 envers les tibétains, qui perdure aujourd'hui, les tibétains en exil ont décidé de célébrer cette nouvelle année dans le respect et le silence. Donc pas de démonstrations festives dans les différents lieux de célébration, mais du recueillement et des prières pour le retour à la paix...

TOULOUSE, le 10 mars 2009

Plus de deux cents personnes, dont les lamas, nonnes et moines de l'Institut Vajra Yogini (Lavaur, 81) et du Monastère Nalanda (Labastide-St-Georges, 81), se sont retrouvées ce 10 mars en fin d'après-midi au Capitole à Toulouse. Ce qui les rassemblait : la commémoration du soulèvement de Lhassa du 10 mars 1959, qui a entraîné par la suite la mort de centaines de milliers de Tibétains. La manifestation a débuté par une marche silencieuse autour de la place où de très nombreux drapeaux tibétains et banderoles flottaient "fièrement" devant les passants, parfois simples curieux, parfois touchés au point de se mêler alors au cortège.

Dès la nuit tombée, les manifestants se sont rassemblés autour d'une carte du Tibet posée à terre ; puis, au son des prières et autres mantras, de nombreuses bougies ont été allumées, en souvenir de tous ces Tibétains qui ont laissé leur vie, mais également pour accompagner le souhait sincère et profond que le pays des neiges retrouve rapidement paix et liberté culturelle, notamment pour la jeune génération qui n'a connu qu'un Tibet meurtri et soumis. Ce moment de recueillement a été d'autant plus fort qu'il était lié à d'autres manifestations du même type, qui se sont déroulées au même moment un peu partout dans le monde, même au Tibet, dans la mesure du possible...

Que "l'enfer" imposé au Tibet depuis 1959, comme le dénonce aujourd'hui Sa Sainteté le Dalaï Lama, cesse immédiatement !


nadine san geroteo

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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 09:26



Le lamrim, terme tibétain employé pour désigner les étapes graduelles de la voie vers l’éveil, reprend les enseignements du Bouddha pour les proposer au pratiquant sous la forme d’un tout cohérent, rationnel, fonctionnel et évolutif.









Atisha,  962-1054


C’est Atisha, saint et érudit indien, qui, invité au Tibet pour aider à restaurer le bouddhisme alors sur le déclin, le premier composa ce type de texte condensant tous les aspects du chemin vers l’éveil. Son texte, La lampe pour la Voie (skt. Bodhipathapradipa) servit de base trois siècles plus tard à l’œuvre majeure de lama Tsong Khapa, le lamrin tchènmo (Grand Exposé des Etapes sur la Voie). Djé Tsong Khapa, à la fois grand érudit et fameux yogi qui écrivit d’autres lamrims plus ou moins longs et concentrés (dont un sur la voie des tantras, le nagrim tchènmo), fut à l’origine de la tradition guéloug à laquelle tous les Dalaï Lamas ont été affiliés.












Djé Tsong Khapa, 1357-1419

Le lamrim s’adresse aux trois sortes de pratiquants, dits de capacités initiale, intermédiaire et supérieure, c’est-à-dire à ceux qui souhaitent préparer de meilleures vies futures, ceux qui veulent se libérer du cycle des existences et enfin ceux qui désirent devenir des bouddhas pleinement éveillés et ainsi œuvrer inlassablement aux bonheurs temporel et ultime de tous les êtres sans la moindre exception.

De manière empirique, le lamrim aide le pratiquant à progresser sur la voie grâce à la lecture et l’écoute de l’enseignement correspondant, à la réflexion qu’il en fait et à la méditation qui lui permet d’intégrer le sujet abordé.

 

Après avoir réfléchi et médité sur les qualités de l’enseignement et les façons de l’aborder, sur l’ami spirituel qui, fondement de la voie, guide le disciple, et sur sa précieuse renaissance humaine si rare et si difficile à obtenir, le pratiquant continue d’avancer en abordant les sujets liés à la capacité initiale :

-     l’impermanence et la mort (sa certitude, son moment incertain et ce qui aide au moment de la mort),

-     les renaissances inférieures et leurs insupportables souffrances : renaître en être infernal, en esprit avide et en animal,

-     le refuge bouddhiste : les qualités du Bouddha, du Dharma (son enseignement) et du Sangha (la communauté de pratiquants), et les instructions à respecter,

-     le karma, c’est-à-dire les actions du corps, de la parole et de l’esprit, et leurs fruits ; autrement dit la loi de causalité.

 
Quand il se sent déterminé à ne pas gâcher un seul instant de sa vie en créant des karmas négatifs qui résulteront un jour ou l’autre en souffrance, le pratiquant du lamrim se tourne alors vers les points abordés avec la capacité intermédiaire, à savoir :

-     les désavantages du cycle des existences,

-     les souffrances des renaissances dites supérieures (humaines, semi divines et divines),

-     l’origine de la souffrance et le mode d’existence des perturbations,

-     les 12 liens de la production dépendante.

 

A cette volonté de s’affranchir de toute souffrance liée aux existences cycliques, le pratiquant devient « supérieur » dès lors qu’il engendre l’esprit d’éveil ; pour ce faire, sur la base d’une parfaite équanimité, il intègre :

-     les six causes et un effet,

-     l’échange de soi avec autrui,

-     la perfection de la générosité (don de l’enseignement, de la protection et de biens matériels)

-     la perfection de l’éthique (éthique des voeux, éthique de l’accumulation d’énergies positives et
éthique accomplissant le bien des êtres),

-     la perfection de la patience (sa nature et l’acceptation de la souffrance),

-     la perfection de l’énergie (sa nature et comment la pratiquer),

-     la perfection de la méditation (la réalisation du calme mental ; samatha en sanskrit, shiné en tibétain),

-     la perfection de la sagesse (la vue profonde ou vision pénétrante qui réalise le non-soi ; vipassana en sanskrit, lhagtong en tibétain),

-     l’entraînement dans les 4 moyens : le don, les bonnes paroles qui révèlent les perfections, les instructions à la pratique et une conduite harmonieuse.

 

Il existe maintenant de très bons livres en français qui détaillent et commentent le lamrim, apportant ainsi au pratiquant une aide précise, documentée et fiable. Il pourra notamment se référer à diverses publications liées à l’école guélouk :

-     Le Grand Livre de la Progression vers l’Eveil (deux tomes) de Djé Tsong Khapa, aux Editions Dharma, reprend en détail, point par point, tous les sujets du lamrim tchènmo. Ce double volume est une aide précieuse pour quiconque souhaite étudier et méditer les étapes de la voie, que ce soit au quotidien ou en retraite.

-     Atteindre l’Eveil de Yangtsé Rinpoché, aux Editions Vajra Yogini. Transcription d’enseignements sur le lamrim donnés à l’Institut Vajra Yogini, cet ouvrage aborde toute la voie avec clarté et simplicité, dans un langage moderne parfaitement adapté à la culture occidentale.

-     La Voie de la Félicité de Sa Sainteté le Dalaï Lama, aux Editions Ramsey (existe en édition Pocket). Véritable guide de développement spirituel, ces enseignements inspirés montrent de façon empirique comment se libérer de la souffrance et de ses causes.

-     L’Energie de la Sagesse des lamas Thoubtèn Yéshé et Zopa Rinpotché, aux Editions Vajra Yogini. Une bonne partie de cet ouvrage retranscrit un cours de méditation sur le lamrim donné par le lama Zopa Rinpoché aux Etats-Unis lors de son premier voyage en Occident, en 1974. C’est un ouvrage de référence qui en est à sa 4e édition.

-     L’Essence la Voie vers l’Eveil, de lama Samten, aux Editions du centre Paramita. Lama Samten adapte le lamrim traditionnel à notre époque actuelle pour inspirer ceux qui découvrent le bouddhisme pour la première fois, ceux qui pratiquent régulièrement et ceux qui montrent un grand intérêt pour le développement de leur spiritualité malgré une religion ou une culture différente.

 

On trouve dans les autres écoles tibétaines du bouddhisme des ouvrages exposant la voie de façon graduée, comme :

-     Le Chemin de la Grande Perfection, de Patrul Rinpotché, aux Editions du Cerf. Ce maître dzogchen de l’école nyingma expose de manière directe, vivante et détaillée les pratiques préliminaires au travers d’enseignements fondamentaux sur le Véhicule de Diamant ( ou Vajrayana), dont il explicite l'essentiel en termes clairs et simples.

-     Le Précieux Ornement de la Libération, de Gampopa, un des pères de l’école kagyu, aux Editions Padmakara. « Un guide pratique et direct pour l’entraînement de l’esprit…, un subtil condensé des paroles du Bouddha et des traités composés par les maîtres éveillés de jadis » - Péma Rinpotché.

-     Lamdré, « la Voie incluant les Fruits » : deux volumes édités par le centre Sakya Ngor Ewam Phende Ling. Il s’agit d’un cycle d’enseignements complet transmis de nos jours par les maîtres de l’école tibétaine sakya. Basé sur les tantras d’Hévajra, le lamdré éclaire les différentes étapes de la pratique vers l’éveil parfait d’un Bouddha.

Philippe Penot

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 17:03

 

Cet article est extrait de la revue Kadam N°33, publiée par l’Institut Vajra Yogini l’hiver 2006. Il est la transcription d’une interview d’un moine reconnu pour ses retraites Vipassana, le très cher Vénérable Antonio, ci-joint en photo.


Avant de passer à l’article proprement dit, il semble utile de rappeler le principal objectif d’une telle pratique. Comme l’explique très clairement l’affichette présentant une des retraites Vipassana guidées par le Vénérable Antonio à l’Institut Vajra Yogini, l’ultime but est d’arriver à une expérience et une compréhension fondamentale des quatre vérités, à savoir :

-         Ce qui doit être réalisé, c’est à dire la vérité de la souffrance ;

-         Ce qui doit être abandonné, c’est à dire la vérité de la cause de la souffrance ;

-         Ce qui doit être expérimenté, c’est à dire la vérité de la cessation de la souffrance ;

-         Et ce qui doit être développé, c’est à dire la vérité du chemin.

 

 

« Le Vénérable Antonio, un enseignant de la FPMT (Foundation for the Preservation of Mahayana Tradition), guide des retraites silencieuses de dix jours dans le style Vipassana classique, tout autour du monde. L’Institut Vajra Yogini l’a déjà accueilli plusieurs fois… Martin Boudin (MB), un retraitant, a interviewé le Vén. Antonio au terme de la retraite Vipassana d’un mois, organisée chaque année au Root Institute à Bodhgaya, en Inde.

 

MB : En général, ce type de retraite n’est pas associé à la tradition tibétaine. Comment a-t-elle été conçue ?

 

Vén. Antonio : Cette retraite est basée sur la technique Vipassana classique mais elle comporte aussi des éléments du Mahayana – un peu de méditation Mahamudra de base et une insistance particulière sur la pratique de l’acceptation telle qu’elle est enseignée dans les textes de l’entraînement de l’esprit (Lo-djong). Et ceci est enseigné dans le contexte du Mahayana. L’accent est mis particulièrement sur la compréhension des trois sceaux de l’existence : sa nature insatisfaisante, impermanente et dénuée de soi. En ce sens, c’est vraiment du Vipassana classique.

Il me semble que nous pouvons parler de deux types de confusion : intellectuelle et émotionnelle. La confusion intellectuelle est éliminée par l’étude, la confusion émotionnelle grâce à la vision profonde. L’approche, particulièrement dans notre tradition, est d’éliminer la confusion intellectuelle. Mais les étudiants du Dharma en Occident sont tellement submergés par la confusion émotionnelle ! D’après ma propre expérience en Vipassana, il semble qu’une approche très simple peut aider à l’éliminer.

 

MB : Pendant la retraite, vous parliez de l’approche conceptuelle comme n’étant pas adaptée à l’esprit occidental du fait que nous sommes déjà tellement remplis de concepts.

 

Vén. Antonio : Cela dépend ce que vous entendez par « approche conceptuelle » et à quelle branche de pratique vous faites référence. Nous parlons évidemment de méditation et pas d’étude. Pour étudier, il est évident que nous avons besoin de penser, d’utiliser des concepts. C’est dans le contexte de la méditation qu’il y a débat, discussion pour savoir si les concepts sont utiles ou non. Si, par méditation, nous faisons référence à une pratique où l’on tente de générer un certain ressenti sur lequel on demeure et avec lequel on se familiarise, alors là, bien sûr, on a besoin d’un certain processus de pensée. C’est ce que nous faisons principalement lorsque nous méditons sur le lam-rim. Si d’un autre côté, nous faisons référence à une pratique où l’on n’essaye pas de générer quoi que ce soit mais où l’on regarde simplement les choses telles qu’elles sont, alors, on n’a pas besoin de concepts. Dans ce cas là, les concepts sont surtout un obstacle.

Mais il y a un réel malentendu en ce qui concerne l’absence de concepts en méditation. Pas de concepts ne veut pas dire : pas de pensées, au sens de « ne pensez pas ! ». Pas de concept signifie ici observer silencieusement ce qui se présente. Si nous prenons par l’exemple la colère, avons-nous besoin de la conceptualiser quand elle s’élève ? Quand quelque chose arrive, avons-nous besoin d’y réfléchir pour comprendre ce qui se passe ? Avons-nous besoin de conceptualiser la douleur pour savoir que c’est de la douleur ? « Humm…. Est-ce de la douleur ? ou quelque chose d’autre ? »

Dans la méditation de la vision pénétrante et de l’attention, comprendre a un sens très différent. Ce n’est pas une compréhension qui naît d’une acquisition de connaissances mais c’est simplement voir clairement les choses telles qu’elles sont, avec une attention nue. Attention nue, signifie laisser l’expérience parler d’elle-même sans l’interrompre par des plaintes ou des lamentations, qui sont des conceptualisations… C’est comme ça que l’on devrait regarder les émotions perturbatrices, avec la discipline de non-conceptualisation. C’est cela que j’entends par approche non-conceptuelle.

 

MB : Comment le développement de l’attention est-il enseigné dans la tradition tibétaine ?

 

Vén. Antonio : La question n’est pas de savoir où c’est enseigné mais comment s’est pratiqué. Dans la tradition Théravada, par exemple, il y a des monastères et des centres de méditation où les gens s’entraînent ensemble à la pratique de l’attention. Dans notre tradition tibétaine, il me semble que c’est à chacun, individuellement, de s’engager dans ce type d’entraînement.

Les quatre fondements de l’attention sont enseignés par les Maîtres, mais pas dans un contexte de retraite. En général, c’est un enseignement qui ne comprend quasiment aucune méditation. C’est une chose d’étudier les quatre objets de l’attention : la condition du corps, les sensations, la conscience et les dharmas. C’est une autre chose de les contempler, non pas conceptuellement mais à l’aide de l’investigation silencieuse. La difficulté n’est pas que nous n’entendons pas parler de vigilance, mais nous ne voyons personne la pratiquer. Il n’y a pas de pratique organisée, comme les études, de façon collective. Sans s’asseoir et pratiquer ensemble, il est extrêmement difficile de cultiver et de développer l’attention car cela demande beaucoup d’inspiration. Il est facile de s’asseoir pendant quatre heures en psalmodiant et se balançant, mais rester assis calmement et observer son propre esprit est très difficile. C’est seulement en s’asseyant et en s’entraînant ensemble que l’on peut trouver le courage nécessaire pour suivre cette discipline. Et si nous ne commençons pas, dès le tout début, à nous entraîner – pas individuellement mais collectivement – à la pratique de la vision profonde et de l’attention, alors probablement, quand nous commencerons une retraite sérieuse, nous réaliserons que nous ne sommes pas même capables de nous asseoir. Ce qui manque, et qui n’est probablement pas compris, c’est que la pleine conscience doit être pratiquée collectivement.

 

MB : Quelle a été la réaction par rapport au fait que vous enseigniez cette pratique ?

 

Vén. Antonio : Est-ce que mes Maîtres approuvent ce que j’enseigne ? Lama Zopa Rinpoché est le seul avec lequel j’en ai un peu parlé. J’ai commencé à lui expliquer ce que je faisais et il a dit : « C’est bien ». Lama Zopa Rinpoché s’inquiète du fait que la pratique de la pleine conscience est utilisée par beaucoup de gens en Occident comme une simple méthode pour se sentir bien et en paix, sans réel intérêt pour la pratique réelle du bouddhisme. Je suis tout à fait d’accord avec lui. L’attention dans le bouddhisme fait référence à « l’attention juste », le septième stade du sentier octuple, ce n’est pas simplement l’attention. Le terme « juste » ne signifie pas « juste » comme étant l’opposé de « faux ». Cela veut plutôt dire voir les choses telles qu’elles sont : insatisfaisantes, impermanentes et dénuées de soi ; « juste » dans ce sens là.

Quand nous commençons à voir les choses de façon juste, nous commençons à comprendre l’existence, la vie, notre soi, le Dharma. Ceci n’est pas simplement réalisé en conceptualisant comme nous le faisons normalement, mais par l’observation – parce que la vie est insatisfaisante, impermanente et vide de soi. Ce n’est pas une opinion ; c’est simplement comme cela. Voilà le type d’attention que j’enseigne. Quant à la réaction par rapport au fait que j’enseigne cette pratique, elle a été très positive.

 

MB : Pour vous quelle est l’essence du bouddhisme ?

 

Vén. Antonio : L’essence doit être ce qui est essentiel pour nous. Et qu’est-ce que c’est ? Sila, la moralité/discipline. C’est cela qui a comme résultat immédiat d’amener la paix de l’esprit. Sila, qui veut dire cool (ou tranquille), est ce qui calme les passions : la confusion, le désir attachement, et la colère, appelés les trois feux ou les trois poisons. Sila est notre meilleure arme contre la tristesse. Quand la vacuité arrive, Sila a déjà mis à genoux les concepts perturbateurs. Alors il ne reste plus à la vacuité qu’à leur couper la tête. Pour nous, la moralité/discipline est l’essence réelle, car sans elle il ne peut pas y avoir de réalisations. On pourrait avancer que c’est plutôt la vacuité qui est l’essence réelle ou, dans le cadre du Mahayana, dire que c’est la bodhicitta. Mais sans commencer par apaiser notre confusion avec l’eau de Sila, la bodhicitta ne sera-t-elle jamais générée ? La vacuité ne sera-t-elle jamais réalisée ? Lorsque nous sommes vraiment heureux, nous ne sommes pas vraiment intéressés par la pratique. Et nous ne nous y intéressons pas non plus quand nous sommes malheureux. Sila est ce qui apaise ces deux extrêmes, ce qui fait que l’esprit n’est ni heureux, ni malheureux, créant ainsi une condition favorable pour commencer la pratique. La question n’est pas de savoir quel texte étudier en premier, mais quelle est la première pratique à adopter. Formulée ainsi, la réponse est clairement Sila : la moralité/discipline. C’est cela, l’essence du bouddhisme.

 

Pour plus d’informations sur les retraites guidées par Antonio : http://www.venantonio.com/. »

 

 

Source revue kadam N°33/Institut Vajra Yogini

13 janvier 2009 2 13 /01 /janvier /2009 15:45

RETRAITE de MANI
du 5 mai au 6 juin 2009

avec Lama Zopa Rinpoché

Lama Zopa Rinpoché
, directeur spirituel de l'Institut Vajra Yogini guidera une "retraite de Mani" (récitation de 100 millions de mantras du Bouddha de la Compassion, Tchènrézi à 1000 bras), du 5 mai au 6 juin 2009.

Il est conseillé de ne pas tarder pour les réservations : les places en hébergement sont limitées.

Institut Vajra Yogini
Château d'en Clausade
81500 Marzens
Tél: 05 63 58 17 22
institut.vajra.yogini@wanadoo.fr



Sources http://www.institutvajrayogini.fr/VY.html

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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 16:44

Le Mot de l'éditeur : "La grande paix de l'esprit"

La Grande Paix de l'Esprit retrace le chemin spirituel dans son intégralité, depuis les notions d'éthique qui forment le socle commun à toutes les religions et à tous les hommes épris d'humanisme, jusqu'aux enseignements les plus élevés du Dzogchen, en passant par la philosophie bouddhiste fondamentale qu'est la compassion.
Invité en l'an 2000 à Lérab Ling, dans le Languedoc, le dalaï-lama a livré les principes clés du bouddhisme devant une assistance de dix mille personnes en même temps qu'il commentait, avec une érudition et une clarté remarquables, le texte magistral du maître tibétain du quatorzième siècle, Longchen Rabjam dit Longchenpa : Trouver le confort et l'aise dans la méditation de la Grande Perfection.
De cette rencontre entre deux maîtres éminents du bouddhisme tibétain, Sogyal Rinpoché a dit :
«Nous avons tous été touchés par la profondeur, la pertinence et la limpidité de ces enseignements ; certains ont d'ailleurs affirmé qu'ils étaient parmi les plus remarquables qu'ils aient eu l'occasion d'entendre. Avoir pu recevoir ces enseignements du dalaï-lama fut un événement exceptionnel dans la vie de toutes les personnes présentes.»

Imprégné de l'ambiance chaleureuse de l'événement, ce livre d'une grande fluidité, directement issu de la transmission orale du bouddhisme tibétain, est plein de vitalité. Il offre au lecteur une dimension inédite de l'esprit du dalaï-lama, en même temps qu'il lui propose une vision panoramique de l'enseignement du Bouddha.

Ouvrage sous la direction de Patrick Gaffney
Traduit du tibétain en anglais par Matthieu Ricard, Richard Barron et Adam Pearcey
Traduit de l'anglais par Virginie Rouanet et Philippe Cornu
Texte-racine traduit du tibétain en français par Philippe Cornu


Fiche détaillée : "La grande paix de l'esprit"

Auteur Dalaï Lama XIV
Editeur Table Ronde
Date de parution 03/07/2008
Collection Chemins De La Sagesse



Le Mot de l'éditeur : "Dzogchen"

Cet ouvrage rassemble plusieurs enseignements donnés par le Dalaï Lama sur le Dzogchen, cette méthode de contemplation pure héritée par le bouddhisme de la tradition primordiale. Les conférences ont été prononcées dans les années 1980, de Paris à San José (Californie), en passant par Londres et Helsinki.

Le Dzogchen est une voie directe pour retrouver la pureté originelle de l'esprit, vécue comme félicité et vacuité. L'unité de l'état de pureté primordiale et de présence spontanée est nommée rigpa. Cette pratique rejoint les plus hauts niveaux du yoga tantrique et s'apparente au zen, tout en s'en distinguant historiquement.

Fiche détaillée : "Dzogchen"

Auteur Dalaï Lama XIV
Editeur Points
Date de parution mars 2005
Collection Points Sagesses



Le Mot de l'éditeur : "Dzogchen et tantra"

Le Dzogchen, ou voie de la Grande Perfection, est considéré comme l'enseignement suprême de la tradition Nyingmapa, c'est-à-dire de la plus ancienne et la plus ésotérique des écoles du bouddhisme tibétain. Il conduit à appréhender directement sa véritable nature, à atteindre la transparence totale de l'esprit et à maintenir cet état de clarté dans la vie quotidienne. Pour accomplir ce retour à la conscience primordiale, méditation et yoga offrent des voies privilégiées, que nous expose ici Namkhaï Norbu Rinpoché. Nul ne peut pratiquer réellement le Dzogchen s'il n'est d'abord reçu par un maître, mais chacun peut par ce texte découvrir les enseignements les plus élevés du bouddhisme tibétain.


Fiche détaillée
:
"Dzogchen et tantra"

Auteur Namkhai Norbu Rinpoché
Editeur Albin Michel
Date de parution avril 2006
Collection Spiritualites Vivantes Poche, numéro 135
9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 16:18













Suite à la conférence sur la Vacuité et la physique quantique, organisée le 30 novembre 2008 dans le grand temple du Monastère de Nalanda (Labastide Saint-Georges, Tarn), un article est paru sur leur site internet
http://www.nalandamonastery.eu/Bouddhisme-Actu.html, dans le cadre de la publication de leur bulletin du mois de décembre.

Outre la description du déroulement de la rencontre, il est souligné le caractère opportun de cette mise en relation entre  "l’insubstantialité « subjective » étudiée dans les écoles bouddhistes Mahayana et les notions plus « objectives » de la non-détermination de la physique moderne". Il est également rapporté que les sujets abordés étant complexes et ardus, les personnes totalement néophytes de l'audience, qui rassemblait près de 100 personnes, n'ont pu vraisemblablement assimiler les exposés et la discussion qui a suivi. Mais quelques mots peuvent parfois simplement résonner, suscitant l'envie d'approfondir a posteriori une question, un thème, une connaissance.
Quoi qu'il en soit, l'enthousiasme était bien présent, et certains ont apparemment émis le souhait de renouveler ce type de rencontre avec, pourquoi pas, d'autres domaines de recherches scientifiques.

Nadine San Gérotéo

Source photo Monastère Nalanda - Intervenants de la Table ronde

2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 16:04


Dictionnaire Encyclopédique du Bo
uddhisme
- Philippe Cornu

éd. du Seuil, mai 2001 (nouvelle édition augmentée en 2006)



Résumé
Composé d'articles de fond, cet outil de consultation, d'information et de recherche embrasse toutes les formes de bouddhisme existant dans le monde et fait le point sur l'ensemble des connaissances disponibles à la fois dans les traditions bouddhiques et dans les travaux occidentaux sur le bouddhisme.

Présentation de l'éditeur
Ce dictionnaire concerne toutes les formes de bouddhisme existant dans le monde asiatique et ailleurs. Il répond à l'intérêt religieux et intellectuel porté au bouddhisme, et il a été conçu comme un outil de consultation, d'information, de travail et de recherche à destination non seulement des étudiants en bouddhisme, en philosophie, en anthropologie et en sciences des religions, mais également d'un large public intéressé par les divers aspects du bouddhisme.
Il se propose de faire le point de l'ensemble des connaissances disponibles à la fois dans les traditions bouddhiques elles-mêmes et dans les travaux occidentaux sur le bouddhisme.
Ce dictionnaire est fait d'articles de fond. Outre les notions reçues en français («vacuité», «agrégat», «impermanence»...), ont été retenus les termes courants dans les principales langues de référence du bouddhisme : sanskrit (pâli), tibétain, chinois, japonais. Pour chaque entrée est donné l'équivalent dans les autres langues de référence.
Dans ce dictionnaire, on trouvera :
. les grands concepts philosophiques et spirituels du bouddhisme envisagés selon les points de vue des différentes écoles existantes ;
. l'histoire du bouddhisme dans les différentes contrées et cultures asiatiques ;
. la biographie des grandes personnalités qui ont marqué le bouddhisme (auteurs de traités, principaux mystiques, fondateurs d'écoles, souverains qui ont soutenu l'implantation du bouddhisme en leur pays...) ;
. des monographies sur les grands textes du bouddhisme ;
. l'iconographie des bouddhas, bodhisattva et déités ;
. l'art bouddhique dans les différentes régions asiatiques ;
. un index des termes dans les différentes langues du bouddhisme. Un système de renvois permet de «naviguer» dans la constellation des mots qui concerne chaque rubrique. Une importante bibliographie, des cartes, des schémas, des illustrations couronnent l'ensemble.

Un dictionnaire unique en son genre, sans équivalent aujourd'hui en France et dans le monde.


Extrait de "La Lettre de l'UBE" n° 10 - juin 2001
Nous sommes heureux de pouvoir enfin évoquer un travail dont nous suivions la réalisation depuis plus de deux ans : le Dictionnaire encyclopédique du Bouddhisme que Philippe Cornu vient de publier, en mai dernier, aux éditions du Seuil.

Cet ouvrage monumental, de plus de 800 pages, comble un vide que nous regrettions tous. Il constitue la première tentative, en langue française, de recensement des connaissances disponibles sur l'ensemble des formes du bouddhisme. Le pari pouvait sembler fou... et il l'était ! Comment un seul homme peut-il prétendre réaliser une telle entreprise ? La grande érudition de son auteur n'y aurait pas suffi. Il y fallait en plus un esprit de synthèse, des qualités de lecture et d'écriture - une grande humilité, surtout - que Philippe Cornu possède aussi.

L'un des grands avantages de cet ouvrage est qu'il allie, pour la première fois, la démarche scientifique et la connaissance interne du bouddhisme. Philippe Cornu a su, grâce à sa propre pratique et à une fréquentation déjà ancienne des enseignants bouddhistes, faire place aux deux visions, académique et traditionnelle. Loin de s'arrêter aux contradictions qui pouvaient apparaître entre elles, il a su, au contraire, en profiter pour proposer une approche la plus complète possible.

Le nombre des informations y est considérable : on trouvera des explications d'une grande clarté sur les notions importantes et les grands concepts du bouddhisme, véritables articles de fond qui, chaque fois qu'il est nécessaire, tiennent compte des différentes approches : indienne, chinoise, japonaise, comme celles du sud-est asiatique ou encore du Tibet. L' histoire, la biographie des grandes personnalités, des monographies sur les grands textes du bouddhisme, l'iconographie, les monuments les plus importants y sont aussi présentés.

Précisons encore l'importance des annexes : liste des principaux ouvrages bouddhiques sanskrits, pâlis, chinois, japonais, tibétains... index des noms propres de personnes, de déités et de lieux, un grand lexique général des termes bouddhiques, d'abord présentés en sanskrit avec leur traduction, puis sous la forme de tables de correspondance des différentes langues avec le sanskrit.

Bien sûr, la formation initiale de Philippe Cornu, centrée essentiellement sur le bouddhisme indo-tibétain, lui fait accorder une place particulièrement importante à cette forme du bouddhisme. Mais qui le regrettera ? La complexité du bouddhisme tardif et de sa symbolique, l'abondance de sa littérature et l'excellente connaissance que Philippe Cornu en a acquise méritaient ces développements.

On peut regretter que l'éditeur, peu sensible semble-t-il à l'ampleur de la tâche, n'ait pas voulu confier ce travail à une équipe. Saluons malgré tout sa volonté de proposer un volume au poids raisonnable et dont le tarif - pour un travail aussi considérable - reste assez abordable.

Bien que Philippe Cornu n'ait pas hésité à demander conseil à plusieurs spécialistes, il restera donc encore des améliorations à apporter à l'ouvrage. Lui-même le reconnaît dans son introduction : "cet ouvrage ne saurait prétendre à l'exhaustivité. C'est plutôt un début qui appelle un développement ultérieur (...) Toutes les suggestions et critiques pertinentes seront les bienvenues pour améliorer et étayer ce dictionnaire lors de futures éditions que nous appelons de tous nos souhaits".

Tel qu'il est, de l' "Abandon des quatre attachements" jusqu'au maître chinois "Zongmi", ce Dictionnaire encyclopédique du Bouddhisme n'en constitue pas moins un livre incontournable, qu'on peut acquérir sans attendre, et qui a le mérite de relancer les travaux de la bouddhologie française. Par cet ouvrage, Philippe Cornu montre la place de tout premier rang qui est la sienne parmi les "spécialistes du bouddhisme".

19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 12:13

Préparation du discours pour l’intervention du 30 Novembre 2008

Monastère Nalanda (Lavaur - 81) 
Rencontre  « bouddhisme et sciences »

 
Physique quantique
&
Vacuité 

 

 
Introduction
1) Non cours magistral mais envie de partager réflexions sur ce que peut apporter la physique moderne, et particulièrement la physique quantique, dans la compréhension de la vacuité, telle que décrite par la vue bouddhiste, ET ainsi de contribuer à changer notre perception ordinaire du monde, fondée sur des apparences trompeuses ;
 
2) Afin d’être utile directement dans la pratique méditative, parti pris d’aller de différents aspects liés à la vacuité vers la physique, en citant pour chacun d’eux des exemples précis d’expériences ou de théories physiques illustrant l’aspect évoqué. Les 3 aspects qui seront illustrés sont : la non solidité intrinsèque des phénomènes ; l’impermanence et l’interdépendance ;

 

Avant de rentrer dans le vif du sujet, quelques remarques générales sur la physique :

 

– la définition classique de la physique pourrait être la suivante : une science qui « conceptualise » ou « modélise » par des lois le comportement de phénomènes observés, afin de pouvoir prévoir leur évolution et leur comportement à venir, ou passé lorsque l'on s’intéresse par exemple au début de l’univers ;

 

– l’avènement de la physique quantique a remis en question la vue déterministe jusqu’alors prôné par la physique classique, notamment newtonnienne, qui part du principe, que, connaissant précisément les conditions initiales d’un phénomène, lancement d’un projectile par exemple, on peut prédire très précisément la position et la vitesse de ce dernier à un instant t.

 

      – la physique quantique explique le comportement de la matière d’une manière opposée : par une vue probabiliste de distribution de celle-ci à l’échelle sub-atomique (pas de vitesse et ni de position précisément définies). D’autre part, la physique quantique donne une vue non réifiée du monde : elle associe à la matière un comportement ondulatoire et corpusculaire, selon les observations menées, c’est à dire tantôt elle prend la forme d’onde comme les vaguelettes formées à la surface d’un étang à la suite d’un jet de pierre, tantôt elle prend la forme de la pierre elle-même. Cette dualité, qui peut-être vue aussi comme une complémentarité, donne une perception non solide du monde des phénomènes

 

Cette dernière remarque nous amène au premier aspect lié à la vacuité que je souhaite illustrer, à savoir donc la non solidité intrinsèque des choses, ou des phénomènes.

 


La non solidité intrinsèque des phénomènes


Nous venons d’évoquer la physique quantique pour illustrer cet aspect de la vacuité, mais on peut aussi prendre des exemples faciles à appréhender dans la physique des particules.

 

Brièvement, la physique des particules étudie les constituants élémentaires de la matière ainsi que les rayonnements et leurs interactions mutuelles : grâce à des accélérateurs de particules, elle a pu « disséquer » l’atome et découvrir des entités plus petites ; aujourd’hui, nous savons que l’atome est composé d’un noyau entouré d’un nuage d’électrons, que ce noyau est composé de protons et de neutrons, et que ces derniers sont composés de 3 quarks, différents entre eux, qui font partie des particules élémentaires constituants de la matière (les fermions) ; toujours selon la physique des particules, ou modèle standard, il existe aussi des particules virtuelles (les bosons) qui véhiculent les interactions entre les particules de matière : la plus connue, le photon, est la particule virtuelle de lumière, responsable de l’interaction fondamentale électromagnétique (force créée par des particules chargées).

 

A parte :

En physique, il existe 3 autres interactions fondamentales : 2 forces nucléaires (dans le noyau de l’atome) et la force gravitationnelle. Avec ces 4 forces, on peut décrire l’ensemble des phénomènes physiques observés… on verra que cela n’est pas tout à fait vrai plus loin.

 

- Pour en revenir à l’aspect non solide de la matière, le meilleur exemple pour illustrer ce propos est l’atome. Composé d’un noyau et d’électrons, il est intéressant de comparé ces volumes respectifs : les électrons sont de masse et de taille négligeables par rapport au noyau, mais leur mouvement incessant et complexe autour de ce dernier détermine le volume atomique ; le noyau, quant à lui, concentre la masse quasi-totale de l’atome, mais sa taille reste négligeable par rapport à celle de l’atome (10-8 cm – taille noyau 10-13 cm ) ; pour mieux illustrer ces dimensions, il est parfois donné comme exemple un grain de riz situé au milieu d'un stade de football, qui représente ce rapport entre le noyau et l’atome !

 

Autrement dit, il n’y a quasiment que du vide dans l’atome, et pourtant lorsque l'on touche cette table, elle nous paraît bien solide. Cette solidité apparente se justifient par les liens qui lient les atomes entre eux.

L’empilement de pommes dans un cageot est donc une représentation erronée de la distribution des atomes dans la matière ; c’est plutôt une image de particules quasi vides, liées entre elles par des énergies qu’il faut avoir en tête !

 

 

- Autre exemple de la physique des particules qui illustre la non solidité intrinsèque des phénomènes : la notion de masse.

Pour l’instant, c’est à l’état de théorie, mais le nouvel accélérateur européen LHC (Large Hadron Collider) espère bien trouver « le responsable » de la création de la masse, à savoir la particule virtuelle nommée boson de Higgs. Ce boson serait à l’origine d’un champ, le champ de Higgs, qui selon la température, interagirait avec les particules : par exemple, à basse température, certains bosons, particules virtuelles, interagiraient avec ce champ, en avançant dans l’espace comme s’ils se mouvaient dans une épaisse mélasse, ce qui se traduirait par l’apparition d’une masse ; à haute température, ces bosons n’interagiraient plus avec le champ de Higgs, et la masse de ces particules serait alors nulle. Cette découverte serait révolutionnaire dans le sens que la masse n’est plus considérée comme une caractéristique intrinsèque de la particule mais comme une interaction avec son milieu !!!

Attention, cette découverte n’expliquerait pas cependant la différence des masses entre particules (contrairement à la théorie des cordes).

 

- Cependant la physique des particules n’est pas la théorie la plus appropriée dans son fondement pour apprécier la non solidité des phénomènes, puisqu’elle part du principe qu’il existe à la base des particules indivisibles qui jouent le rôle de « briques » dans la construction de la matière. Cette vision qui réifie la matière est en contradiction avec la physique quantique, qui elle, ne suppose aucun élément de type corpusculaire pour expliquer les phénomènes (cf Michel Bitbol, philosophe des sciences).

Comme le dit l’un des pères fondateurs de la mécanique quantique, Heisenberg : « le monde apparaît comme un tissu complexe d’évènements dans lequel les relations de diverses sortes alternent, se superposent, ou se combinent, déterminant par là, la trame de l’ensemble ».

Il parle bien d’événement et non d’entités à part entière. La physique quantique est un modèle empirique (c’est à dire basé sur l’expérience) et statistique qui décrit seulement le comportement des particules et des rayonnements, sans rien dire sur leur nature intrinsèque.

 

 

L’impermanence


Autre aspect lié à la vacuité qui peut être illustré en physique : l’impermanence.

 

- De manière grossière, on constate, quelque soit l’échelle d’observation, que tous les phénomènes appréhendés sont en mouvement : dans le monde microscopique, l’électron virevolte en continu autour du noyau ; dans le monde macroscopique, la gravité fait que toutes les structures de l’univers s’attirent et tombent les unes vers les autres (galaxies, étoiles, planètes) et ce mouvement s’ajoute à l’expansion croissante de l’univers depuis le big bang. Mais attention, il faut préciser que l’esprit humain n’a pu accepter cette idée d’univers non stationnaire qu’en 1965, avec la découverte du rayonnement fossile ; l’univers devait être éternel et immuable…

 

Quelques chiffres qui donne le tournis : la terre tourne autour du soleil à 30 km/s ; le système solaire, terre comprise, tourne autour du centre de notre galaxie à 230 km/s, notre galaxie, la Voie Lactée tombe sur la galaxie voisine d’Andromède à 90 km/s ; notre groupe local tombe sur l’amas de la Vierge à 600 km/s, et ce dernier tombe vers le Grand Attracteur, amas géant de galaxies.

Bref, tout bouge, rien n’est statique : l’impermanence est omniprésente dans la nature.

 

- Mais l’impermanence se retrouve aussi dans le temps : la physique des particules a permis, au sein des accélérateurs, de trouver une palette de particules au durée de vie très courte, qui ne peuvent exister dans un état naturel. Il existe aussi, bien sûr, des particules stables, dont nous sommes composés, sans quoi rien ne pourrait demeurer, mais celles-ci ont aussi une vie limitée ou subissent des changements, puisqu’elles échangent sans cesse avec l’environnement de l’énergie, ou encore se transforment en une autre particule.

Même les quarks, les « briques » de la matière en physique des particules, subissent des transformations, et démontrent ainsi leur caractère non immuable dans le temps.

 

- Le temps en tant que grandeur mesurable de la durée a aussi été détrôné de son statut d’immuabilité (temps universel et absolu de Newton) avec la relativité d’Einstein. Le temps est élastique, c’est à dire qu’il peut ralentir ou s’accélérer selon le mouvement de l’observateur (relativité restreinte) ou selon l’intensité du champ gravitationnel environnant (relativité générale). Le paradoxe des jumeaux est souvent utilisé pour illustrer le premier phénomène : un des  jumeaux à bord d’un vaisseau spatial se déplaçant à une vitesse proche de celle de la lumière vieillira moins vite que l’autre jumeau resté à Terre ; à 87 % de la c, il vieillira exactement 2 fois moins vite (vérifié dans les accélérateurs  pour des particules proches de c). Pour le second phénomène, aussi vérifié, on peut donner l’exemple d’un astronaute qui se trouverait proche d’un trou noir, dont la gravité est colossale : l’horloge embarquée s’écoulera moins vite qu’une horloge terrestre. Le temps n’est alors qu’illusion, comme l’écrivit Einstein un peu avant sa mort : pas de passé, ni présent, ni futur…

 

- L’espace également devient élastique avec Einstein, et forme un couple uni avec le temps : lorsque le temps se raccourcit, l’espace s’étire et inversement.

 

 

Interdépendance

 
- Autre aspect lié à la vacuité, qui est souvent cité comme une équivalence, ou plus précisément une définition de la réalité du monde conventionnel dans la vue bouddhiste, c’est l’interdépendance. En science, on peut comprendre, au premier abord, cette notion comme une conséquence de la loi de causalité :

.   l’effet de serre à l’échelle planétaire est causé par des excès de rejets de CO2 au niveau local ;

une augmentation de la température de l’océan peut causer des perturbations atmosphériques désastreuses à l’échelle planétaire, telles que le phénomène El Niño dans le pacifique sud ;

 

- Si on regarde d’un peu plus près cette notion, on peut la comprendre aussi comme étant un état corrélé entre objets, mais sans inclure pour autant la possibilité d'échanges d’informations entre eux (transmis par des ondes lumineuses notamment). Cet état corrélé peut s’expliquer par une vue holistique du monde, en s’appuyant sur l’idée que toute partie d’un tout est reliée à ce tout, et que connaître les propriétés de chaque partie n’a de sens que si on connaît celles qui définissent le tout… 

 

- En mécanique quantique, l’effet EPR, pour les initiales des 3 chercheurs impliqués au départ, dont Einstein, montre cette interdépendance globale, nommée par les physiciens la non-séparabilité. Cette expérience a été élaborée d’abord en pensée par Einstein et ses collaborateurs, dans le but de remettre en cause un principe essentiel de la mécanique quantique : la vue dualiste onde/corpuscule de la matière, et plus précisément la mesure quantique, qui décrit l’aspect ondulatoire avant l’acte d’observation et l’aspect corpusculaire une fois la particule détectée.

L’expérience de pensée est basée sur la création d’une paire de particules identiques A et B. L’expérience révèle que lorsque l’on détecte la particule A dans une certaine symétrie, la particule B se retrouve systématiquement dans la symétrie opposée au même moment, ce qui est en accord avec la loi de conservation du moment angulaire, mais sans pour autant qu’il y ait eu échange possible d’informations, ce qui là, n’est pas en accord avec les principes classiques. Einstein conclut que les particules ne peuvent se trouver dans un flou probabiliste avant l’observation et que celles-ci suivent bien une trajectoire définie, en expliquant qu’il y a bien eu échange entre les particules au départ par l'intermédiaire de variables cachées : « Dieu n’envoie pas de signaux télépathiques ». Déterministe convaincu, Einstein était en total désaccord avec le rôle du hasard joué en mécanique quantique. Or le chercheur français Aspect en 1982, et plus tard le Suisse Gisin en 1998 démontrèrent le contraire en expérimentant la non-séparabilité des particules  : après création de 2 photons identiques, et en les détectant à une distante suffisante pour que la lumière ne puisse avoir le temps de relier les 2 particules, les comportements de A et B sont toujours corrélés, même en donnant le choix de 2 trajectoires pour chacune d’entre elles.

Ce paradoxe n’en est qu’un que lorsque l’on conserve l’idée d'un monde morcelé et localisé sur chacun des photons. En réalité, A et B font partie d’une même réalité globale.

 

- A l’échelle macroscopique, un autre phénomène illustre l’interdépendance globale : l’expérience du pendule de Foucault. Au XIXe siècle (1851), le physicien Léon Foucault souhaitait démontrer la rotation de la Terre ; pour cela, il attacha un pendule à la voûte du Panthéon à  Paris. Il lança le pendule dans une certaine direction et constata que le plan d’oscillation dévia au fil des heures. Ce mouvement en fait n’était qu’apparent, c’était la Terre qui avait tourné ! Au pôle, le déplacement apparent serait de 360° ; à Paris, du fait de la latitude (environ 48°), le déplacement n’est que partiel en 24 heures...

Foucault en est resté là, mais l’expérience demeurait incomplète : un mouvement est fixe seulement par rapport à un référentiel ; ce référentiel, Foucault ne l’avait pas déterminé.
Il s'avère que le mouvement du pendule n'est pas relié à une étoile proche, elle aussi en mouvement, mais aux galaxies les plus lointaines, là où se concentre la masse de l’univers. Cette expérience simple du pendule de Foucault nous dit ainsi que, son comportement n’est pas influencé par son environnement local mais par l’univers tout entier. On n’a pas réussi à démontrer aujourd’hui ce résultat, mais le physicien et philosophe autrichien Ernst Mach donne une explication plausible : selon lui, la masse d’un objet est le résultat de l’influence tout entier de l’univers sur cet objet…

 

Par ces 2 expériences, qui ne s’expliquent pas par les lois de la physique classique et les 4 interactions fondamentales, la globalité et l’interdépendance prennent tout leur sens. Comme dit l’astrophysicien TXT « Chaque partie porte en elle la totalité, et de chaque partie dépend tout le reste » (Trinh Xuan Thuan).

 

 

Conclusion

 
Matthieu Ricard dans son livre « l’infini dans la paume de la main », dont je me suis inspirée pour étoffer cette intervention, co-écrit avec cet astrophysicien vietnamien, fait la remarque pertinente que le principe de non-séparabilité en mécanique quantique, décrit par l’effet EPR, devrait être au cœur des préoccupations des chercheurs, afin que cette découverte primordiale, qui révolutionne la perception ordinaire, fasse partie intégrante de la conscience collective.

De plus, toujours grâce à la mécanique quantique, comme on l’a vu, la notion d’objet n’existe plus : on parle d’événement, de mesure. Cette physique révolutionne aussi la notion de précision et de déterminisme en laissant place au flou quantique, où la position et la vitesse d’une particule ne peuvent être définies.

 

Le réel peut donc être perçu de manière similaire, par le chemin intérieur d’un pratiquant bouddhiste, ou par le chemin extérieur du scientifique. Ils peuvent mener à la même vérité.


Mais on peut se poser la question sur le rôle de la conscience dans ces démarches différentes, et particulièrement dans la démarche scientifique, même si l’on sait que la science décrit le monde phénoménal à travers le filtre de la conscience...



Nadine San Gérotéo

Rédacteur du blog

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