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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 23:01

XXIème colloque interdisciplinaire
de Carcassonne : "Science et Spiritualité",

organisé les 26, 27 et 28 juin par l'Université Paul Sabatier de Toulouse et l'Association pour le Développement des Rencontres et des Echanges Universitaires et Culturels (ADREUC-Conseil Général de l'Aude), à Notre Dame de l'Abbaye.
Au programme le 27 :  une conférence sur la Physique quantique et le Bouddhisme par le philosophe des sciences Michel Bitbol, Directeur de recherche (CNRS) au Centre de Recherche en Epistémologie Appliquée de l'Ecole Polytechnique, dont il est le directeur adjoint.


Michel Bitbol a présenté devant un auditoire expert et non expert, issu de milieux aussi variés que la philosophie, la sociologie, la physique, les mathématiques ou encore les lettres, 2 "visions du monde", celle du Bouddhisme et celle de la Physique quantique, a priori différentes par leur champ d'action mais qui se rejoignent dans leur regard critique sur les images métaphysiques et sur l'essentialisme régnants :
- dans le bouddhisme, l'accent est mis sur le caractère urgent de la mise en application de la "méthode", de la voie pour se libérer de la souffrance et des causes de la souffrance ; Bouddha s'abstient de toute vue métaphysique : il propose une philosophie "pratique" (exemple donné de la parabole de la flèche) ;
- en physique quantique, les soi-disant paradoxes ne subsistent que dans une certaine interprétation, qui dépend du langage même utilisé et du sens qu'on lui souhaite donné. La mécanique quantique ne représente pas en substance la réalité : comme le dit Heisenberg, elle décrit des évènements dans lesquels des relations de diverses sortes alternent, se superposent, se combinent, déterminant par là la trame de l'ensemble. D'autre part, les inégalités de Bell, qui, pour l'une, lie la notion de réalité à la notion de propriété et qui, pour l'autre, défend le principe de localité, sont aujourd'hui abandonnées, laissant place au phénomène d'intrication, ou de non séparabilité, et d'un recadrage quant à la définition même de la mesure, marquant ainsi une nouvelle ère pour la "Globalité" et l'"Insubstantialité"... une nouvelle ère pour la science, en terme  de validité, notamment dans la prise en compte de l'environnement expérimental et des valeurs que l'on donne aux lois...

Michel Bitbol a poursuivi le rapprochement entre ces 2 "disciplines" en explicitant leur démarche similaire de "déconstruction" des thèses métaphysiques.
Pour le bouddhisme, il s'est basé sur les textes fondateurs du théologien Nagajurna (IIème siècle), qui explique la voie du milieu en utilisant la raison,  moyen le plus fiable d'accéder à la compréhension de la vacuité ; celle-ci n'étant pas un phénomène évident, directement perceptible par les êtres ordinaires, notre esprit ne peut l'appréhender au début qu'au travers d'une image mentale, ou une généralité de sens.

A parte (hors conférence)
Il s'agit bien là d'un engagement intellectuel, et ceci explique que le Madhyamaka, voie du milieu expliquée par Bouddha dans le premier sermon, n'envisage aucune affirmation d'existence en-soi, et non pas que le Madhyamika n'a pas d'affirmations (Georges Driessens). 
Nagarjuna utilise la logique du tétralemme pour réfuter l'existence de l'Être : Il n'y a
Ni «Être»,
Ni «Non-Être»,
Ni «Être et Non-Être»,
Ni «Ni Être ni Non-Être».


Pour la physique, Michel Bitbol s'est appuyé sur l'évolution de la pensée scientifique, depuis Aristote jusqu'aux derniers résultats de la physique quantique. 
Le conférencier a ainsi habilement illustré ce jeu de déconstruction commun par une démonstration qui repose sur  5 étapes  (en fait 4 étapes ont été exposées) :
- la transition de la notion de substance (Aristote) au principe de causalité ;
- la causalité productive aux successions régulières (concomitance) ;
- les successions régulières à la co-relativité (une propriété d'une entité est définie par rapport à une autre entité, d'où la notion de propriété non intrinsèque et d'interdépendance  dans le bouddhisme et la notion d'intrication et de corrélation en physique quantique) ;
- la non réification de la co-relativité (les relations n'existent pas non plus de manière autonome).

En conclusion, Michel Bibtbol démystifie les comparaisons souvent infondées entre le bouddhisme et la physique quantique en pointant simplement le fait que ces 2 "déconstructions " des thèses métaphysiques s'avèrent semblables parcequ'elles illustrent toutes les 2 l'impermanence des phénomènes et de ce fait cherchent à former des "invariants", la vérité ultime pour le bouddhisme (ou vacuité), le formalisme statistique pour la mécanique quantique.

Le débat qui a suivi, mené principalement par des physiciens, n'a pas suscité d'enthousiasme particulier pour le bouddhisme. La méditation a certes été évoquée, mais le lien constructif entre l'activité scientifique et la pratique méditative n'a pas été verbalisé : concentrer son esprit sur un objet de méditation pour l'apaiser, et observer ses pensées pour comprendre leur non solidité et l'origine de la "souffrance", à savoir la saisie de ses pensées, telles sont les techniques à suivre pour casser nos concepts et rentrer dans un espace "vierge", où tout est possible, où les phénomènes apparaissent tels qu'ils sont...
N'est-ce pas la (les) qualité(s) première(s) d'un chercheur d'être intuitif, créatif et de savoir poser un regard neuf sur le monde qui nous entoure ?


Nadine San Gérotéo

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